vendredi 30 mars 2012

Parfait équilibre

Elle laisse en plan la pendule. Rechigne jusqu’à l’échancrure du premier baiser. Debout toujours après. La jeune fille, lumière sur fond noir, vient enfin s’asseoir en face. Pose son bol à la juste symétrie du mien. Voilà maintenant le matin en parfait équilibre sur le dos de la terre. Sa chevelure fait feuillage sur l’eau frémissante du thé noir. Je cueille un fruit oblong qu’elle m’offre sous sa fine chemise. Autour d’elle le jour prend lentement chair.
Il fait beau, il fait frisquet. As-tu bien dormi ? J’ai fait un drôle de rêve. Incises invariables parmi les anges qui passent. Petit tricotin d’une journée que chacun va dépelotonner de son côté. Quelques mots de laine qui, au fil des jours, crochètent notre histoire. Son visage fait tache claire sur un nuage de bergamote. Je la mange secrètement des yeux. Quand elle monte délicatement la porcelaine à ses lèvres, je rebascule sur terre.

mercredi 28 mars 2012

mardi 27 mars 2012

Dimanche sur la Côte Pavée




Dans les années 60, de Ville D’Avray ou d’ailleurs, les banlieusards parisiens, pour se désennuyer, allaient à Orly en écoutant Bécaud, à l’aéroport voir s’envoler des avions pour tout les pays. Des Boeings. Quand certains plus fortunés allaient voir la mer et les planches de Deauville.
Ce dernier dimanche de nombreux banlieusards toulousains et autres habitants de la ville rose ne sont pas allés à Toulouse-Blagnac, en écoutant Nougaro, à l’aéroport voir s’envoler des Airbus. Ni sur les plages de Gruissan ou Narbonne.
Non ils ont préférés quadriller, après le Raid et les centaines d’uniformes, le quartier de la Côte Pavée. Mitrailler la rue Mérah et la maison du tueur. Voir de leurs yeux les impacts journalistiques et les carreaux du drame. Petit frisson du voyeurisme à deux balles. Ces dérives dominicales et franchouillardes qu’on a pu observer de longues semaines dans les stations frappées par Xynthia. Les plus chanceux, ramenant une paire de douilles pour les mettre, sans doute, avec un petit arrière goût de 14-18, sur leur cheminée.
Pendant ce temps la Marine qui n’est ni à voile ni à vapeur mais ne perd, à défaut de valeurs, ni le sens des urnes ni de ces populistes pèlerinages surfe sur la haine ordinaire. Se demandant, oubliant au passage que ce Mérah, bien français, a toujours vécu à Toulouse : Combien de Mohamed Merah dans les bateaux, les avions, qui chaque jour arrivent en France remplis d'immigrés ?
A moins que cette déclaration soit une invitation à tous ces voyeurs et petits flics de mauvaises séries à retourner le dimanche dans les aéroports zieuter l’arrivée de tous les Mohamed futurs organisateurs de leur sortie familiale.

dimanche 25 mars 2012

Heure d'été



Voilà, les jours allant, nous froissons un papier nuit de plus en plus fin. Une trame qui, très vite, part en fumée. S’amenuise le temps, d’avant le lever du rideau, où, sans public, le corps ne parle qu’à petits gestes, l’âme à petits bruits. Ce temps du décor ingénument patiné où l’être mange son bonheur dans des didascalies futiles.
Alors quand tombe le rouleau du ciel nous invitant au grill du grand théâtre, nous nous observons, soudain, bien seul en scène. Avec ni l’étoffe ni le verbe du héros. Quand au rôle nous aimerions y jeter un peu d’encre. Alors nous espérons qu’une histoire d’amour brûle les planches et nous avale dans le trou du souffleur.
Ou qu’un machiniste fantaisiste rembobine encore une heure le soleil dans ses cintres.

jeudi 22 mars 2012

Un homme doit savoir s'empêcher



En octobre 1957 Albert Camus reçoit le prix Nobel de littérature. A cette occasion il aura cette phrase alors incomprise et source de polémiques : J’ai toujours condamné la terreur. Je dois condamner aussi un terrorisme qui s’exerce aveuglément dans les rues d’Alger, par exemple, et qui un jour, peut frapper ma mère ou ma famille. Je crois à la justice mais je défendrai ma mère avant la justice.
Camus est né à Mondovi en Algérie d’un père,très tôt disparu, ouvrier dans un domaine agricole, qu’il mythifiera et d’une mère sourde, ne sachant ni lire ni écrire qu’il vénèrera. C’est, bien sûr, cette très modeste extraction qui éclairera toute son œuvre. L’amenant très vite à dénoncer l’indigne exploitation du peuple algérien par la colonisation et à s’engager dans la construction de son autonomie. Tout en rejetant terrorisme et répression.
Toute sa vie sera conduite par une phrase: Un homme doit s’avoir s’empêcher . Phrase venue sur les lèvres de son père à la suite, en représailles, du massacre d’un homme émasculé et égorgé. Barbarie qui fondera toute sa réflexion sur le rapport de l’Homme au mal. Pour le solaire Camus, comme le résume Jean Daniel : faire son métier d’homme, savoir aimer sans rien attendre du ciel, alors qu’on sait qu’il faudra mourir, implique une façon d’apprivoiser une violence à la fois inévitable et injustifiable, une révolte contre tous les totalitarismes, une interdiction de s’accommoder de l’injustice, de l’humiliation, du colonialisme comme du capitalisme.
C’est notamment ce Camus, cet homme blessé en proie avec la viscéralité de l’homme, sa pulsion de mort, sa facilité à violer comme à torturer et bien sûr tuer, que nous fait découvrir Michel Onfray dans son dernier livre : Camus, l’ordre libertaire. Etrange oxymore qui résume parfaitement le parcours de cet homme qui sachant que le mal n’existe pas dans l’absolu mais bien en chacun de nous, véritable ontologie noire, véritable peste, a cherché le passage étroit entre la vertu et la révolte. Entre le vivre ensemble et le gai vivre.

mardi 20 mars 2012

Au printemps




Derrière les giboulées, voilà un ciel rincé d’un bleu presque de verre. À 5h14 l’aube a vu poindre le printemps. Ce jour d’équinoxe où l’ombilic solaire s’attarde un temps égal, sur tout le cousu de la Terre, en-dessous et au-dessus du fil horizontal. Soit 12 heures. Soleil alors pile au zénith. Et nous exactement au-dessous avec la douceur d’un mot qui même un peu froissée par le ressenti des degrés, rend un son neuf et offre à cette journée un modelé particulier.
Derrière les giboulées, voilà un ciel décapé, d’un bleu de veine. Et déjà dans l’équation du corps tout le réchauffement des sèves, tout l’étirement des branches. Toute cette envie de prendre la vie d’un autre côté. D’aller avec le bourdon se cogner contre la lumière. Avec l’abeille, d’aller de jonquilles en violettes, butiner quelques gouttes de parfum pour celle, qui à son tour, va se réveiller au printemps.

dimanche 18 mars 2012

Giboulée



Neige fait l’hiver. Hirondelle épingle le printemps, un seul mot confond mars. Alors quand on s’éveille sous un ciel d’étain, très vite il jaillit attendu sur nos lèvres : giboulée.
Neige, à peine chuté, le mot fond sur la langue. Tout le temps de son effondrement lumineux, il garde son chuchotement. C’est l’œil, sous sa tombée assourdie, qui va lui donner de la couleur, du rire circulaire. De l’euphorie communicative dans la bataille tourbillonnante. Neige, à peine chu le mot fond sur l’âme.
Giboulée, à peine gobé, le mot roule sur la langue. Tout le temps de sa précipitation éteinte, Il garde son égrènement. C’est le tympan, sous son frappement orageux, qui va lui donner de la musique, de la gaieté cristalline. De la joie répandue dans la bataille bleutée. Giboulée, à peine giclé, le mot perce la peau.

samedi 17 mars 2012

On pousse les volets

Crochet levé, le geste est appuyé. Côté jardin, les paumes claquent le bois des volets contre la chaux. Geste qui ouvre grands les yeux et la poitrine. Côté de l’endroit. De la tapisserie griffonnée d’ailes et crevée de multiples vocalises. Côté de la leçon de choses et de leur appellation gourmande. Côté de la pointe de canif dans le bois tendre. Côté des fourgonnements des rêveries écourtées. Distraction transitive qui allège le passage vers l’autre bord.
Loquet levé, le geste est cassé. Côté cour, le froid prend la main qui replie en trois le fer des volets. Geste qui souffle les yeux et la poitrine. Côté de l’envers. Du petit monde crayonnant l’ardoise éteinte du bitume. Du théâtre fatigué de la rue. Côté des déguisements de l’horrible nécessité qui nous jette dehors. Triste tropisme qui nous dérobe jusqu’au soir où l’on refermera les volets sur l’unité de temps d’une alcôve.

vendredi 16 mars 2012

Boutoune ou sous le couvercle


Il y a quelques mois chacun pouvait voir une vidéo montrant le corps tuméfié et mutilé d’un jeune garçon de 13 ans arrêté par l’armée syrienne puis rendu mort à ses parents. Il s’appelait Hamza al-Khabit.
Toutes les guerres sont sales. Mais quel choc que la découverte des images d’archives enfin diffusées 50 ans après les accords d’Evian. Pas étonnant que pendant des dizaines d’années, on ait choisi de convertir cette période honteuse de notre Histoire en évènements d’Algérie. Quand les Algériens la qualifiaient avec justesse de Guerre d’indépendance.
Evènements ? Pour l’étirement d’un enfer de plus de sept ans entre novembre 1954 et mars 1962 qui a tué 30000 français et environ 450000 Algériens.
Après 50 ans de mutisme, mensonges et dénis, cette guerre nous éclate en plein visage. Sous le couvercle, la puanteur de l’aveuglement colonialiste des sentiments de grandeur d’un pays, forgés dans l’asservissement d’autres hommes. Sous le couvercle, les ténèbres du terrorisme d’état et le déshonneur de la torture généralisée. Sous le couvercle, la France reconstruite sur les cendres du fascisme et les braises de la Résistance qui ceinture de barbelés un pays entier, nettoie au napalm des villages entiers. Sous le couvercle, des socialistes, Mendes-France un peu à part, maniant cyniquement l’aumône, la mitrailleuse et la guillotine. Sous le couvercle, un général De Gaulle, orgueilleux et manœuvrier, complotant pour ménager la juste revendication du peuple Algérien et les intérêts pétroliers et nucléaires de la France. Qui abandonnera au martyr des milliers de harkis. Sous le couvercle, un conflit qui a mis, un temps, la France au ban de l’Onu.
Sous le couvercle, des milliers de jeunes français embarqués dans une guerre dont la très grande majorité ignoraient toute raison. Une guerre absurde, pour la plupart, dont l’extraction paysanne n’aurait dû que les solidariser avec une paysannerie algérienne spoliée de ses terres et esclavagée. Une guerre qui a écœuré pour toujours les uns, ensauvagé les autres. Une guerre contre l’âme humaine.
Toutes les guerres sont sales. Mais quel honte, à ce moment où nos indignations sont tournées, à juste titre, vers la Syrie, que la découverte de la cruauté de notre entêtement, 50 ans avant, à vouloir, à tout prix, conserver un lambeau de notre grandeur coloniale, quand dans les mois précédents, nous avions accédé à la demande d’indépendance du Maroc et de la Tunisie. Les politiques de l’époque peuvent se réjouir que n’existaient ni le Tribunal Pénal International ni la notion de crime contre l’humanité .
Sur une vidéo postée sur le site de France-Inter, à l’occasion de ce retour sur cette guerre, on peut découvrir l’histoire de Boutoune, un jeune berger de 14 ans, torturé à la sinistre gégène…

jeudi 15 mars 2012

Enfances/ Jean-Pierre Sautreau/ Le domaine perdu



Meaulnes parti, je n’étais plus son compagnon d’aventures, le frère de ce chasseur de pistes ; je redevenais un gamin du bourg pareil aux autres… Noir et blanc de rentrée. Rangée grise des corps. C’est lui, sur la gauche, qu’on remet. L’adolescent dans sa cicatrice. L’épinglé, nuque au mur, qui regarde, derrière le soufflet, l’autre paroi. Lui figure murée.
Temps loin, très loin, mais on taira toujours que, dès ce moment, on n’est plus dans leur optique. On est sorti du cadre. On cherche la fente. Je m’étais persuadé qu’il avait dû rencontrer une jeune fille. Elle était sans doute infiniment plus belle que toutes celles du pays, plus belle que Jeanne, qu’on apercevait dans le jardin des religieuses par le trou de la serrure.
Photo de septembre. Gouge des visages. C’est lui, sur le côté, qu’on recouvre. L’adolescent au secret ; l’inguérissable, qu’on a voulu invisible, qui fait face, derrière le dépoli, à la dévastation du ciel. Lui regard débusqué.
Jour loin, très loin, mais on taira toujours que, dès ce moment, on n’est plus dans leur mat. On est, au glacé du dortoir, dans la lumière au fond des pages, avec notre air de voyageur fatigué, affamé mais émerveillé. On échafaude mille ruses pour s’évanouir à la recherche du domaine perdu de la jeune fille blonde qui avait posé sur Meaulnes doucement ses yeux bleus, en tenant sa lèvre un peu mordue. On a le cœur qui bat les chemins.

Dérives des rencontres-dédicace: Jeudi 15 mars à 15h Hôpital-Sud La Roche-sur-Yon, samedi 24 mars de 16h à 19h librairie aux Herbiers, les 31 mars et 1 avril Printemps des poètes à Montaigu, 1 mai salon du livre Jard-sur-mer, 5 mai 17h30 bibliothèque des Epesses...


mercredi 14 mars 2012

La Belle de Fontenay



Journée de la femme. De la belle jardinière. L’enfant ocre un soleil pour le père. Plus ou moins joufflu ou de pacotille. Un soleil qui tourne autour du ventre maternel. Bien huilé parfois aussi autour de l’enfant-roi. Pas de journée de l’homme, le présupposé dévorateur des 364 autres.
Alors chassé du paradis il se console parfois au jardin. Met ses petites graines dans la mère terre. Plus tard son sourire nait dans les choux. Il note sur un cahier, au crayon de bois, la date de ses semis, des levées et récoltes.
Parfois ses enfants sont impatients, voire très hâtifs : 18 jours pour le radis. Parfois il lui nait une pomme de terre, une Belle de Fontenay en forme de cœur. Il la glisse contre le sien puis l’offre à Agnès Varda pour qu’elle l’expose.

photo Agnès Varda

mardi 13 mars 2012

L'agent jeté par les fenêtres



Depuis que j’ai ouvert ce blog, j’ai plusieurs fois traité du suicide au travail. Notamment le 31 mars 2009 où je rappelais qu’il se produisait 1 suicide par jour dans le monde du travail et le 17 septembre 2009 à propos de la sinistre liste des morts pour France-télécom, 23 décomptés ce jour-là, (On attend, d’ailleurs toujours le procès pour homicide des anciens dirigeants).
Bien sûr, un peu plus de deux ans après, dans notre belle démocratie du travailler plus pour mourir plus vite, rien n’a changé. Mais Les suicidés de la société productiviste ont le plus souvent l’élégance de le faire chez eux et dans le silence après de longues dépressions qui permettent de détourner les raisons de leur mort vers des problèmes dits personnels. Comme si le travail n’était pas en soi un de nos premiers problèmes personnels.
Depuis quelques semaines, après Renault et France-télécom, c’est au tour de la Poste de rentrer dans l’actualité des entreprises de nettoyage. Avec une spécialité relevée dans mon blog du 24 février et réutilisée le 2 mars : la défénestration. Hier un récalcitrant à Trégunc a préféré la pendaison. Mais ça restait dans les cordes de l’entreprise. Comme pour les autres drames on retrouve les mêmes causes, la course à la rentabilité, le harcèlement, la mise au placard. Et bien sûr comme dans le cas de France télécom la libéralisation de ce service public avec pour première conséquence une formidable dégradation des conditions de travail.
Mais que les salariés se rassurent. La direction de la poste a fait part, à cette occasion, de sa « vive émotion » et a mis en place une « cellule de soutien psychologique ». Bientôt le fameux fonctionnaire partant en retraite non remplacé le sera par un psychologue. C’est dire l’avancée mentale de notre société.
Et puis cerise sur la tempe, La Banque Postale va proposer à ses salariés de devenir actionnaires en leur réservant une part de 2,99% de son gâteau. (À 3% les représentants du personnel auraient eu un élu)…La bourse ou la mort.

lundi 12 mars 2012

Enfances/3 Poème, mon enfant

POÈME, MON ENFANT


tu mûris à l’intérieur
bourgeon de papier
sans cesse tu remues
maintiens les sens en éveil

et les temps les lieux
se télescopent
le passé se dilue
dans le présent continu



Hamid TIBOUCHI
(Extrait de « Riens », recueil inédit)

dimanche 11 mars 2012

Sarko possède encore des billes

Il y a quelques mois, afin de lutter contre la délinquance des mineurs le gouvernement avait préconisé de détecter les troubles des comportements dès l’âge de 2 ou 3 ans. Colère enfantine, coup de pied dans les cubes pourraient ainsi, selon ses conclusions, induire un futur de dangereux délinquant.
Le 13 septembre 2011, dans son célèbre discours de Réau, Sarkozy le président parce que le mineur délinquant de 2011 n’a rien à voir avec celui de 1945, parce qu’il est plus violent et plus jeune, avait déclaré reprendre l’idée d’un encadrement militaire pour les mineurs délinquants à l’intérieur de centres éducatifs fermés…
Jeudi dernier Sarkosy le père a dû présenter ses excuses à une policière en faction devant l’Elysée, bombardée de billes, boulettes en papier et tomate par son plus jeune fils Louis 15 ans.
Du coup on rit de voir encore que le malheur ne frappe pas les pauvres. Que le destin est toujours boomerang pour les nettoyeurs de sauvageons. Que la racaille tape aussi dans les cubes de Neuilly. Du coup on se demande si le courageux divorcé, comme pour le Fouquet’s va pas encore charger la barque de Cécilia ou pour montrer aux français sa légendaire cohérence entre ses paroles et ses actes, enfermer son jeune rétif dans le centre éducatif le plus près ?
Effectivement comme il le suggère depuis quelques jours, le candidat président peut tout à fait envisager de quitter la politique après le 6 mai. Il pourra travailler plus à l’éducation des siens pour gagner plus en sécurité et éviter que sa petite Giulia n’ait de comportements ambigus en maternelle. Il devrait aussi bannir tout cube à la maison. Quand aux billes…

Les Guerrières d'Albertville


Ça se passait un dimanche. Ça s’est passé un dimanche du côté d’Albertville. Six salariées du magasin ED local se sont mises en grève pendant 104 dimanches, animant manifestations et piquets de grève sur le parking du supermarché, pour refuser de sacrifier leur repos dominical,leur vie de famille et leur santé à la surconsommation et à la rentabilité. Elles se sont battues pendant plus de deux ans de septembre 2009 à octobre 2011 contre leur patron, leur groupe et aussi nombre de clients souvent retraités avant d’obtenir gain de cause des Prudhommes. Celles qui ont tenu grâce à un petit collectif autour d’elles et une détermination incroyable sont devenues dans la région : les guerrières d’Albertville . Magnifiques indignées en actes. 104 journées de la Femme.Quand le dimanche n'est pas le repos des guerrières... Ce combat contre le travail subi du dimanche reste bien sûr d’actualité dans beaucoup de coins de France.
« Celle qui se bat peut perdre, celle qui ne se bat pas a déjà perdu » Dit Valérie l’une de ces six « guerrières ».

samedi 10 mars 2012

Remuer le passé

Enfance de marguerite ou d’aubépine. De placard ou de cabane. Mythologie des enfances. Enfance de fleur de pissenlit beurrée sur le nez ou soufflée dans le Larousse. Faut pas remuer le passé me dit-on. Ou plutôt quand il égratigne. On a fait ce qu’on a pu ils me disaient. On croyait bien faire. Ne pas remuer la chair. Ne pas secouer les morts. Mais c’est quoi le matin sinon remuer la terre. Faire du neuf avec des racines et des rhizomes. Un bon vieux soleil et une bonne vieille lune.
Sûrement le printemps boute. Je vais bientôt revenir à mes carrés. Mes autres pages blanches. Enfouir et fondre le compost épandu sur la motte. Remuer le jardin. M’inscrire alors dans les gestes de mon père. Enfance de fraicheur d’arrosoir et de complicité silencieuse. Enfance de graines trillées. De douceurs, plus tard, retrouvées et retournées tristement dans les poches des blouses. Semis des mots au long du cordeau ombilical. Chaque matin faut remuer du présent. Enfance-toi bien ça dans la binette.

vendredi 9 mars 2012

Des regrets de Sarkodile

Selon quelques complaisants commentateurs de l’émission d’avant-hier Des paroles et des actes, le candidat président serait apparu fragile voire touchant lors de son minable effeuillage privé. Emouvant de tomber l’armure plaquée-or pour le marcel popu… Malheureusement qu’opportuniste. Faire popu pour redevenir popu dans l’électorat populaire. Du mauvais roman photo à la Nous Deux aussi crédible que s’il avait décidé de troquer son trois pièces pour la soutane de l’abbé Pierre.
En réalité notre Duracell voit fondre ses batteries de jour en jour. Il restera définitivement dans l’Histoire docteur Karcher et mister bling-bling. Alors pour se refaire une virginité sociale, il s’accroche désespérément au caleçon lepéniste. Avant-hier, notre tartuffe a même osé l’humilité, lamentablement aidé ou desservi ?d’ailleurs par une Carla susurrant nous sommes des gens simples.
Quel pitié de l’entendre ainsi faussement égrener quelques regrets de crocodile. Le Fouquet’s ? C’était parce que le petit cœur soudain sans famille se serait, par hasard, laissé aller au réconfort d’une autre… celle des très riches. Le yacht de Bolloré ? Mais ce n’était qu’un bateau, que dis-je un rafiot avec seulement… 17 hommes d’équipage. Le petit à l’Epad ? Juste une bien normale attention de père. Casse-toi pauv’con ? …un Beugue dans l’oreillette.
Vouloir ainsi tordre son image pour un plat de lentilles électorales c’est abaisser la fonction présidentielle et agresser l’intelligence des Français. Car son appétit people et son choix clanique des riches, au-delà d’actes privés symboliques se sont bien concrétisés dans des orientations politiques de classe comme le Bouclier fiscal. D’ailleurs, dans cette même émission, le naturel a vite regagné le box du candidat président. N’a-t-il pas repris, pour contrer la proposition du socialiste d’imposer à 75% les plus riches, l’argument du masqué Bayrou considérant qu’une telle mesure découragerait l’envie d’entreprendre et de réussir des jeunes. Autrement dit, la rolex à 50 ans et l’atteinte de la grande fortune restent pour ces gens-là les marqueurs de la réussite personnelle.
Voilà qu’hier sur le mode moi ou le chaos qu’il nous prévenait de sa retraite politique définitive en cas de défaite. Mais cette retraite là nous l’approuvons des deux bulletins. Allez Carla prépare tes Vuitton.

jeudi 8 mars 2012

Enfances/ Daddy de Sylvia Plath/ Trad de Valérie Rouzeau



Née d'un père immigré allemand et d'une mère autrichienne, le 7 octobre à Boston 1932 s'est suicidée le 11 février 1963 à Londres.

mercredi 7 mars 2012

Même pas mort



Chaque nuit tournée a beau additionner un jour entre lui et moi. Entre l’ombre malingre et cet autre qui habite les poèmes. Chaque matin il me rattrape. Ce perdu de dix ans racorni dans l’angle glacial d’un préau. Cette proie effrayée qui au premier jeudi a vu ses agates et figurines de plomb écrasées sous la semelle noire. Sa courte enfance soleilleuse rageusement piétinée. Ce petit qui parfois encore sursaute glacé en criant : « même pas mort ».
Et c’est lui, chaque matin qui me rassure avec ses secrets cachés dans son plumier. Qui m’entraine dans l’or frais des fenêtres. Me retient par la peau de la lumière naissante. Et c’est lui aux gaités attristées qui m’apprend toujours à trouver bêtement le bonheur dans des joies de rien. Comme le goût d’un café. Cet enfant dont le lait coule encore du nez comme au printemps d’un rameau brisé.

mardi 6 mars 2012

Dylan is Dylan



avec ce vers célèbre: You don't need a weatherman to know which way the wind blows"

Du 6 mars au 15 juillet, exposition "Bob Dylan, l’explosion rock 61-66" cité de la musique à Paris.

lundi 5 mars 2012

Calvaire/2



« Calvaire ». Si ce n’était que langue qui fourche, qu’approximation lexicale. Si ce n’était que furoncle de la pensée, que bouffée christique…
Arrête de couper en quatre les mots, de prendre la langue pour une lanterne. Va donc tirer les vers des fruits plutôt que des cadavres. Mêle-toi de tes oisons et autres moutons sous la lie. Tu ne vas pas nous faire un poème pour un mot de travers.
Oui mais c’est langue qu’on équarrit, couleur qu’on affadit. Degré qu’on arase, valeur qu’on marchande…
Arrête de fourgonner la cendre, de prendre la langue pour un couteau. Va donc gratter le papier plutôt que la moindre plaie. Mêle-toi de tes chimères et autres lunes dans l’encrier. Tu ne vas pas nous faire un poème pour un mot pour un autre.
Oui mais, volontairement mal nommer les choses c’est créer du chaos, niveler le langage c’est mutiler la pensée. Ce « calvaire » ici travestit la réalité. C’est un leurre pour gommer toute différence de classes. Quand tout mot vaudra l’autre dans les cerveaux disponibles, plus aucune résistance ne disputera la séduction publicitaire.
Arrête ton délire sémantique, ton café refroidit.

dimanche 4 mars 2012

Un peu d'enfances encore... Aujourd’hui Lucien Suel





extraits de "canal mémoire" paru au "Marais du livre"

samedi 3 mars 2012

Calvaire




« Calvaire ». Mot élu par l’officiant de la lucarne pour mettre en scène le dérisoire mélodrame de la croisière en rade sous Les Seychelles. « Calvaire ». On s’est enfoncé dans des pages, pour découdre la colère mauvaise coucheuse. On a mis dessus l’obscurité des vantaux et tout le poids de la nuit. On a fini par étouffer le mot. On espérait, à la buée du matin, que la journée fume rose à l’image du ciel.
Mais le premier bulletin radio enfonce le clou. « Calvaire » à nouveau pour étaler le sort des Costa Allégra. 636 pauvres croisiéristes de luxe sous la manne d’hélicoptère et ubuesque raccourci social, sur leur gigantesque gratte-mer, remorqués par 28 marins thoniers. De quel mot alors autopsier la vie de rat dans les caves de Homs ? Café foutu. La journée s’effilochera morose.

vendredi 2 mars 2012

La T S F



Je tiens surement de mon père ce geste quasi reflexe d’allumer, dès lever, la radio. Papa disait la T.S.F. parlant du poste qui trônait sur une tablette au-dessus du frigidaire. Un Ducretet à lampes en bois verni. Avec son nid d’abeille derrière lequel palpitait le monde. Et sa lampe verte, l’œil magique qui réglait les fréquences. J’ai toujours ce bel objet, aujourd’hui de collection. Il arrêtait le curseur sur Paris Inter pour écouter les informations. Les informations, instant grave qui ne tolérait aucun bruit ni mouvement autour. Souvent papa restait debout, appuyé sur le frigo, l’oreille collée au récepteur. Pestant contre les fuites ou crachotements du son qui l’obligeaient à raccommoder, ensuite, les événements. A d’autres heures, il plaçait l’aiguille sur Luxembourg pour suivre le quitte ou double ou le ça va bouillir de Zappy Max ou la famille Duraton. Souvent une émission de chansons animée par Charles Trenet sponsorisée par une réclame dont je garde le parfum dans ma mémoire : Le parfum Bourjois avec un j comme joie.

jeudi 1 mars 2012

ÉROS FLASH BLACK



La Poésie a sa saison. Elle sort de ses enfers en mars, du 5 au 18, à l’occasion du très officiel « Printemps des poètes ». On peut même voir des journaux et des libraires la mettre à la une. Ensuite silence, retour au sérieux, romans, essais et autre littérature d’épaisseur. Avec l’âme, on n’en a guère pour son argent… La Poésie, passé le 18 mars redevient langue morte pour les médias. Pourtant la Poésie n’a pas de saison. Elle est extrêmement vivante. Et pour peu qu’un professionnel du livre la mette en avant elle se vend même.

Cette année le thème du « Printemps » est : « Enfances ». Et ce « s » final permet d’ouvrir au delà de la Poésie jeunesse. Alors pour ceux qui considèrent que la Poésie c’est du pipi de chat, ce très beau poème de Christian Prigent :


Au diable le rouge ambre et les falbalas
Et paumons-lui la gueule à Éros si sa
Peau de fesse de berger extravagant
Bleuit de moisi moche aux bosquets d’avant

Quand on fut enfant mes sœurs mes fraîches mes
Cousines dans les rus d’eau fine accroupies
Parmi l’encre l’essence arc-en-ciel le lait
De cuisse et les pipis divisés aux toupies

Du courant. Rien que l’eau blanche des lessives
Laisse aller rose et cobalt entre des rives
Le jus acide exacerbant (c’est cidre ou
L’herbe à la porcelaine de vos genoux).